Petite, Lou-Ann dessinait. Aujourd’hui, elle dessine toujours, mais aussi pour des marques qui ont une histoire à raconter et des valeurs à défendre.
Chez Galopins on sait que le talent ne va pas forcément avec les années d’expérience, alors à 22 ans, elle a déjà piloté seule le branding et les maquettes du site de notre client, Réflexe Voyages.
Sa conviction : une identité visuelle réussie transmet un message clair au premier coup d’œil, et elle naît d’une réflexion humaine.
Elle explique comment elle traduit l’audace en formes et en couleurs, pourquoi les tendances finissent toujours par revenir (le pantalon baggy en sait quelque chose), et comment elle défend un parti pris créatif.
Pas d’IA, pas de recette toute faite, juste un crayon, de l’écoute et beaucoup d’audace : Lou-Ann, directrice artistique junior chez Galopins, nous partage son regard sur le branding.

Est-ce que tu peux te présenter? Ton parcours de formation et professionnel qui t’ont amenée jusqu’au ici ?
Je m’appelle Lou-Ann, j’ai 22 ans, et je suis en alternance chez Galopins en tant que directrice artistique junior. J’ai d’abord intégré l’agence il y a un an (avril 2025) en stage en tant que graphiste multimédia, et s’en est suivi d’un poste en alternance pour la suite de mes études cette fois-ci en master.
Comment décrirais-tu les principales missions d’une directrice artistique chez Galopins ?
Les principales missions d’une directrice artistique sont de comprendre réellement les attentes et les enjeux d’un client et de penser les projets de manière globale; c’est-à-dire de créer ou refondre une identité visuelle et la décliner en un site web et ses autres supports éventuels (digitaux ou print).
Nous pouvons également travailler le SMA, c’est-à-dire concevoir des visuels publicitaires pour les réseaux sociaux, aussi bien pour des clients que pour l’Agence en elle-même.
Nous devons créer tous les visuels qui présentent nos projets sur nos différentes plateformes (réseaux sociaux, site…), c’est un réel travail qui prend du temps mais où nous prenons un réel plaisir à les concevoir, ils concrétisent la fin des projets dont nous sommes fiers de les présenter !
Pourquoi as tu eu envie de faire ce métier ?
Depuis enfant le dessin, la peinture enfin, la création au sens large, ont toujours résonné en moi et c’était donc idéal de pouvoir combiner travail et créativité.
J’ai découvert ce métier un peu par hasard en terminale et ça m’a paru comme « évident » de poursuivre dans cette voie, pouvoir approfondir mes compétences en illustration et voir comment les mettre à profit au sein de vrais projets, tout en acquérant de nouvelles compétences.

Avec quels autres profils de l’agence (concepteurs-rédacteurs, chefs de projet, stratèges) travailles-tu le plus main dans la main ?
Je travaille régulièrement avec Manon, directrice artistique sénior; Nicolas, designer UX/UI; Rémi, chef de projet; et Florent,chef projet SMA où l’on collabore pour la publicité sur les réseaux sociaux.
Face à un brief pour une nouvelle identité visuelle, quelle est ta première étape ? Comment passes-tu des mots et des valeurs d’une marque à un concept graphique ?
Tout d’abord je vais reposer ce qu’ils font : quelle typologie de client; leurs services; leurs valeurs; l’histoire de la marque et son positionnement; cela me permet de mieux comprendre le client et ses enjeux. Suite à ça des idées naissent, comme des mots clés et s’alimentent peu à peu à l’aide de recherche graphique (symboles, visuels, textures, couleurs…).
Je vais trouver différentes manières d’illustrer ces mots (ceux qui ont le plus de sens et d’impact), puis en les liant je vais créer son univers graphique unique et personnel.
Selon toi, qu’est-ce qui fait une identité visuelle réussie et intemporelle aujourd’hui, dans un monde saturé d’images ?
Pour moi une identité réussie et pérenne est celle qui transmet un message, une émotion claire au premier coup d’œil. Sa création humaine, de la réflexion à la composition, est selon moi la clé d’une identité réussie. Son style et son sens doivent être uniques sans pour autant être complexes, par ailleurs la simplicité est souvent plus efficace dans la compréhension.
Le nom de l’agence « Galopins » évoque une certaine liberté et de l’audace. Comment cela se traduit-il dans le style graphique ou la manière d’aborder les projets clients ?
Je dirais que notre parti pris est d’oser, toujours plus, mais de manière justifiée tout en répondant à la demande. N’ayant pas peur de la créativité et de la diversité des projets, nous aimons challenger les clients en leur proposant des pistes assumées et plus poussées que leurs premières requêtes (nous estimons quand il le faut ou non), et généralement c’est ce qui fait notre force, et donc notre différence.
Où vas-tu chercher l’inspiration en dehors du graphisme pur (cinéma, architecture, art contemporain, rue) ?
Je dirais que tout ce qui m’entoure m’inspire quotidiennement.
Étant assez observatrice et sensible à ce qui compose mon environnement comme la décoration d’intérieur, l’architecture, les vêtements, le cinéma (travail des couleurs, luminosité, décors, matières..), ou encore les objets du quotidien m’inspirent réellement.
Comment gères-tu le dilemme entre suivre les tendances graphiques du moment et proposer une identité unique et durable à un client ?
Une tendance n’est jamais perdue ou « démodée », les tendances qui semblent nouvelles ou qui naissent sont finalement ancrées depuis bien longtemps.
Un effet de mode réapparaît sous une nouvelle forme, modifiée et ajustée en fonction de l’ère du temps dans laquelle elle se situe à nouveau pour être acceptée.
Par exemple, regardons la mode. Vers la fin du 20ème siècle les pantalons larges assez baggy étaient à la mode, puis plusieurs années plus tard, le jean skinny était l’incontournable pour être à la pointe de la mode. Finalement, en 2026 ces pantalons larges sont revenus avec force dans nos placards.
Des nouvelles appellations, de nouvelles combinaisons de motifs, de couleurs ou de matières avec une signification différente vont désigner ce même pantalon des 90s.
En bref cela signifie que chaque mouvement artistique n’est jamais vraiment « démodé », il reviendra quelques années plus tard ou inspirera fortement de nouvelles applications de ce mouvement. Cela s’applique aussi au graphisme. Finalement face à un client, nous savons rassurer en proposant un juste milieu créatif, où il est possible de s’inspirer de la tendance du moment mais en l’adaptant pour qu’elle puisse vivre correctement dans le temps.
On dit souvent qu’un logo ne fait pas une identité. Comment construis-tu un « système visuel » complet (typographie, patterns, iconographie) pour qu’une marque soit reconnaissable même sans son logo ?
Un logo est en effet la touche « finale », il regroupe toutes les valeurs et principes même de l’identité visuelle. Après avoir posé les valeurs et ce que l’on souhaite transmettre, on passe à l’élaboration du concept graphique en travaillant un ensemble graphique cohérent.
Pour être reconnaissable l’identité doit être différenciante et logique, l’idée est donc d’imaginer un univers harmonieux en choisissant soigneusement chaque élément : des typographies aux couleurs, les images et éléments graphiques qui sont tous porteurs de sens et propre à cette identité.

Comment arrives-tu à traduire graphiquement des notions abstraites comme « l’audace », « la transparence » ou « l’accessibilité » ?
Chaque couleur, courbe, mouvement ou forme à un sens précis en graphisme, et inconsciemment pour tout le monde.
La rondeur, les couleurs douces vont exprimer la compassion, l’accessibilité et renforcer l’aspect humain. Tandis que des couleurs vives, des tracés assumés (anguleux ou gros) qui semblent alors moins « passe partout » exprimeront l’audace avec quelque chose de plus marquant.
Le design graphique touche au goût personnel. Comment défends-tu un parti pris créatif fort face à un client qui te dit simplement « je n’aime pas cette couleur » ou « je ne le sens pas » ?
J’expliquerai la réflexion créative qui m’a amenée et poussée à faire ce choix, tout en justifiant le parti pris créatif. Autrement dit, expliquer son sens, ce qu’il suscite et ce à quoi la cible l’associe (qui peut confirmer alors un choix logique ou alors qui vise à surprendre).
La typographie porte une voix invisible. Comment choisis-tu les polices de caractères d’une marque ? Est-ce que tu crées parfois des typographies sur-mesure pour tes clients ?
Je choisis les polices en fonction de leur usage; c’est à dire que si elle est utilisée pour des textes courants nous allons privilégier une typographie facilement lisible et simple sans sérif tandis qu’une typographie pour les titres doit être plus marquante.
Une typographie donc principale doit davantage refléter l’univers de la marque (ses valeurs, son positionnement, sa tonalité…) puisque en jouant sur son style ou sa taille elle attire le regard.
Par exemple une typographie sérif (avec empattement) est élégante, elle est souvent associée au haut de gamme et à la tradition.
Non je n’ai pas eu l’occasion de créer une typographie sur mesure, je dirais que c’est un vrai métier à part et complexe. Cependant, dans un cas de branding et de création de logo, il est tout à fait possible de créer une typographie uniquement pour le logotype.

Quelles sont les identités visuelles de marques que tu apprécies ? Pourquoi ?
- Views magazine, j’apprécie leur univers graphique qui est très actuel à la fois présent en print et en ligne. ; leurs photographies sont douces et de qualités avec du caractère tout comme leurs mises en page. (Dans la même ambiance il y a Mosaïquelemag, Ils ont une typographie qui a été façonnée spécialement pour eux par Alex Creq que j’aime beaucoup aussi).
- Martine cosmetics, j’ai pu voir une vraie évolution de la marque qui existe depuis plusieurs années maintenant, avec des campagnes audacieuses et fortes. J’aime particulièrement l’univers graphique qui se démarque énormément (une direction artistique cohérente, graphique et originale).
Quel est le projet réalisé chez Galopins dont tu es la plus fière, et pourquoi ?
Je dirais Réflexe Voyages car c’est mon tout premier sujet sur lequel j’ai pu gérer de A à Z (seule) la partie branding et maquettage du site. J’ai eu la chance d’avoir une vraie liberté créative sur cette refonte d’identité où les clients et moi-même étions sur la même longueur d’onde avec une approche graphique haut de gamme et immersive.
